Denize Soares est accusée d'avoir assassiné son compagnon, Sébastien Brun, en 2004.
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble a rendu son arrêt ce mardi 21 février. Elle a décidé de maintenir en détention provisoire celle qui est accusée d'avoir assassiné son compagnon, un fleuriste grenoblois. Les juges ont donc suivi le réquisitoire fait par le parquet lors de l'audience du 9 février.
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La chambre de l'instruction a estimé dans son jugement qu'il existait un risque de fuite de Denize Soares, en détention provisoire depuis 4 ans et 8 mois et qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a-t-on appris de source judiciaire.
Denize Soares est soupçonnée d'avoir administré à Sébastien Brun, 31 ans, des doses mortelles de cyanure et d'avoir fait disparaître son corps avec l'aide de son frère lors de vacances au Brésil en août 2004. Arrêtée une première fois en septembre 2006, elle avait été remise en liberté un an plus tard, faute de cadavre et de preuves.
La justice n'a pas retenu l'argument avancé par ses avocats selon lequel la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme prévoit que la détention provisoire ne doit pas dépasser un "délai raisonnable", estimant que Denize Soares était responsable du report de son procès.
En raison d'une série d'incidents de procédure provoqués par un des avocats de l'accusée, Me Bernard Ripert, le procès avait été renvoyé au deuxième jour d'audience à une date ultérieure, provoquant la "consternation" des syndicats de la magistrature.
"Nous sommes rassurés de voir que la stratégie de la défense de Mme Soares n'a pas eu l'effet recherché", a déclaré mardi Me Claude Coutaz, avocat de la famille de la victime qui craignait une fuite de l'accusée.
"Nous sommes soulagés, mais dans l'attente d'un nouveau procès", a ajouté Me Coutaz.
La famille de la victime réclame un nouveau procès
"Il faut qu'il y ait un nouveau procès rapidement pour qu'on ne puisse pas voir Mme Soares disparaître dans la nature", estime Me Claude Coutaz, avocat des parents.
Pierre-Marie Cuny, avocat général près la cour d'appel de Grenoble, a indiqué que la justice allait "s'efforcer de fixer une prochaine session dans les meilleurs délais". "Avant l'été, ce serait bien mais je ne suis pas certain qu'on puisse y arriver", a-t-il ajouté.
Une plainte contre un avocat de D. Soares
Par ailleurs, les avocats des parties civiles ont indiqué qu'ils allaient déposer une plainte déontologique devant l'Ordre des avocats contre leur confrère Me Bernard Ripert, avocat de Mme Soares, qu'ils accusent d'avoir saboté le procès de sa cliente pour gagner du temps.
"On n'est plus dans l'exercice des droits de la défense, on est dans une espèce de terrorisme judiciaire", a dénoncé Me Alice Nallet.
Habitué aux provocations, Me Bernard Ripert avait au cours des deux jours d'audience interpellé avec véhémence plusieurs témoins, les avocats des parties civiles, et même les membres de la cour. Il avait notamment jugé "dommage" de ne pouvoir récuser une jurée qui venait d'être tirée au sort, la défense ayant épuisé ses droits de révocation.
"Tout ce qu'on me reproche dans cette affaire, c'est d'avoir utilisé le droit pour défendre ma cliente alors qu'on commençait à cheminer sur le chemin de la vérité grâce à mes questions", a réagi Me Ripert. "Je suis un avocat persécuté, victime de pressions fascistes, à qui on ne reconnaît plus aucun droit", a-t-il ajouté.
Avocat "historique" de l'organisation armée d'extrême-gauche Action Directe (AD), Me Ripert avait été condamné en septembre 2011 à deux mois de prison avec sursis pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, après s'être publiquement réjoui de la mort d'un gendarme. Il a fait appel de cette condamnation.
Retour sur un procès renvoyé
C'est un coup de théâtre qui a eu lieu vendredi 3 février au terme d'une très longue 2ème journée d'audience, une journée marquée par de nombreux incidents entre la défense et le président de la cour, escarmouches qui ont abouti au renvoi du procès de Denize Soares jugée pour assassinat.
"La sérénité des débats n'étant pas assurée, le président de la cour d'assises
a demandé le renvoi du dossier", a indiqué à l'AFP Me Claude Coutaz, avocat des
parents de Sébastien Brun dont le corps a été retrouvé enterré dans la sable au
Brésil après quatre ans d'enquête.
La décision a été prise à la suite d'une joute verbale opposant le président de
la cour à l'avocat de Denize Soares, Me Bernard Ripert. Ce nouvel incident de procédure s'ajoutait à toute une série qui a émaillé les deux jours de débat.
"Manifestement la stratégie de la partie adverse a été efficace, mais la justice
n'en sort pas grandie", a déploré Me Coutaz dénonçant la course contre la montre
engagée par la justice pour juger Denize Soares en détention provisoire depuis
quatre ans et huit mois.
"Nous sommes au-delà du seuil raisonnable de la détention provisoire, ses avocats
vont donc s'empresser de demander sa remise en liberté", a-t-il ajouté, redoutant
une fuite de l'accusée.
Effondrés, les parents de Sébastien Brun qui attendent depuis plusieurs années
la tenue de ce procès ont fait part de leur écoeurement à l'annonce du renvoi. Les avocats de la famille ont toutefois souligné que l'avocat général avait fait part de son intention de saisir "rapidement" la Cour de cassation afin qu'elle décide de la tenue d'un nouveau procès devant une autre cour d'assises.
1er jour d'audience
"Je conteste, je n'ai pas assassiné Sébastien", a déclaré Mme Soares à l'issue de la lecture de l'ordonnance de mise en accusation par le président de la cour d'Assises, au premier jour de son procès. "Je déplore la lecture que vous avez faite. C'est complètement pas vrai", a ajouté la quadragénaire en s'adressant au président de la cour.
Denize Soares est poursuivie pour l'assassinat de son compagnon Sébastien Brun, un crime pour lequel elle risque la réclusion criminelle à perpétuité, ainsi que pour faux, usage de faux et administration de substances nuisibles ayant porté atteinte à l'intégrité physique ou psychique d'autrui.
La première matinée d'audience a été émaillée d'incidents de procédure, les avocats de la défense regrettant qu'un rapport d'expertise datant d'avril 2009 n'ait été versé au dossier que 15 jours avant l'ouverture du procès. Or, "c'est un rapport qui met à néant la thèse de l'accusation sur (l'empoisonnement par) le cyanure", a pointé Me Joëlle Vernay.
Les avocats de Mme Soares ont notamment demandé un complément d'information et un renvoi du procès à une prochaine audience.
L'avocat général Pierre-Marie Cuny a reconnu qu'"au niveau des principes", le fait que ce document n'ait pas été versé au dossier en temps et en heure posait "un problème", sans pour autant appuyer les demandes de la défense.
Les avocats des parties civiles ont eux dénoncé "un écran de fumée, des artifices, une dernière tentative pour dissimuler la vérité", selon les termes de Me Claude Coutaz, avocat des parents de la victime. La cour a décidé de surseoir à statuer sur les demandes de la défense et de poursuivre les débats.
Denize Soares : l'expertise psychiatrique
Denize Soares a été décrite comme une femme à la personnalité perturbée, usant d'affabulations pour échapper à la réalité.
Michel Daumal, expert psychiatre, a parlé d'une "femme anxieuse en permanence, capable d'une naïveté déconcertante", qui a "une crainte d'être abandonnée" et recours "aux rêveries éveillées et à l'imagination pour échapper à l'inquiétude et à la peur". "Dans son enfance, le mensonge lui permettrait d'éviter les punitions", a-t-il ajouté.
"Ce n'est pas quelqu'un qui dit des mensonges, c'est quelqu'un qui ne voit pas la réalité comme, nous, on la voit", a tenté d'expliquer Me Joëlle Vernay, avocate de la défense.
Mme Soares est née le 6 mai 1969 à Santo Amaro, dans l'Etat de Bahia, au Brésil d'un père pêcheur et menuisier et d'une mère sans profession. Elle est la seule fille d'une fratrie comptant 9 enfants, dont 4 sont morts à la naissance. "La vie de Mme Soares a commencé avec ces quatre morts", a souligné M. Daumal à la barre.
L'accusée, qui a grandi dans une grande précarité matérielle, quitte ses parents jeune pour travailler comme femme de chambre dans une famille de Salvador de Bahia. C'est alors qu'elle rencontre un Français, Olivier, qui fait son service militaire au Brésil et qu'elle suit à Grenoble "sans réfléchir".
Marié en 1991, le couple donne naissance à une fille en 1996, puis divorce en 1998. Mme Soares rencontre Sébastien Brun deux ans plus tard.
Les experts soulignent la grande admiration qu'elle voue à son père, un "pêcheur, exposé au danger de l'océan, séducteur et père d'enfants adultérins", selon M. Daumal. Mais l'accusée dit qu'elle ne supporterait pas de vivre avec un homme comme lui, ajoute-t-il.
Bruno Miami, expert psychologue note aussi "la grande fascination" et la "brillance phallique du père" chez Mme Soares, qu'il rapproche à la description "excessivement imaginaire" qu'elle fait de son compagnon décédé.
Sébastien Brun est ainsi présenté comme un homme à la "sexualité débridée et irrépressible", ce qui le conduisait à "de multiples adultères" et à "des propositions d'échangisme", selon M. Miami. Leur union donne naissance à un fils en 2003, après "trois avortements".
Yves Bussuel, médecin psychiatre, relève lui un "sens de l'altérité assez défaillant". "Elle ne comprend pas l'inquiétude des parents de Sébastien", après sa disparition mystérieuse en août 2004, abonde M. Miami.
Le rappel des faits
Cette Brésilienne de 42 ans comparaît pour avoir empoisonné en 2004 son compagnon, un fleuriste grenoblois, dont le corps était retrouvé quatre ans plus tard dans une carrière de sable au Brésil, au terme d'une enquête à rebondissements.
Poursuivie pour assassinat, Denize Soares, qui nie les faits, est soupçonnée d'avoir administré à Sébastien Brun, 31 ans, des doses mortelles de cyanure et fait disparaître son corps, lors de vacances au Brésil en août 2004.
La quadragénaire, qui aurait agi pour des motifs crapuleux, s'était rendue avec son compagnon et leur fils de 18 mois dans la baie de Salvador de Bahia pour présenter l'enfant à sa famille. Elle était rentrée en France, trois semaines plus tard, sans son conjoint.
Denize Soares avait raconté à ses beaux-parents, qui l'employaient dans leur magasin de fleurs à Grenoble, que leur fils était "tombé sous le charme du Brésil et avait décidé de prolonger son séjour", avant de changer plusieurs fois de version.
Les parents avaient reçu plusieurs cartes postales écrites par leur fils. Mais l'enquête devait révéler qu'elles avaient été envoyées par Denize Soares lors de séjours effectués après la disparition.
Ils avaient également déclaré aux enquêteurs que leur belle-fille leur avait montré une vidéo dans laquelle leur fils exprimait son intention de s'établir au Brésil. La scène filmée le 17 août, jour présumé de la mort de Sébastien le montrait "apparemment sous l'effet de médicaments", selon eux.
Sans appel téléphonique de leur fils depuis près de huit mois et alertés par des débits avoisinant 10.000 euros sur son compte bancaire, les parents de Sébastien s'étaient finalement rendus au Brésil début 2005.
Découvrant que personne n'habitait à l'adresse indiquée et que tout le monde croyait leur fils en France, le couple déposait plainte auprès des polices française et brésilienne qui débutaient une enquête longue de quatre ans.
Les enquêteurs de la police judiciaire de Grenoble établissaient alors que l'accusée avait puisé 34.000 euros sur les comptes de son compagnon pour lesquels elle n'avait pas de procuration. Ils relevaient également des transactions "frauduleuses", liées notamment à deux contrats d'assurance vie, lui ayant rapporté 50.000 euros.
Arrêtée en septembre 2006, Denize Soares était remise en liberté un an plus tard, faute de preuves et en l'absence de cadavre, avant que l'enquête ne rebondisse en avril 2008 grâce à un témoignage inattendu.
Un homme avait affirmé aux enquêteurs avoir reçu les confidences d'un frère de Denize Soares qui l'aurait aidée à enfouir le cadavre dans le sable, lequel était retrouvé, sur les indications du témoin, dans une carrière isolée près de la baie de Salvador de Bahia.
Le frère de Denize Soares avouait alors aux policiers comment cette dernière l'avait chargé d'acheter un produit qu'elle avait versé dans la bière de son compagnon. Elle lui aurait ensuite demandé de l'aider à faire disparaître le corps. Le lendemain, Denize Soares était interpellée pour la seconde fois et placée en détention provisoire.
Prochainement jugé au Brésil pour complicité, son frère sera entendu en visioconférence devant les assises de l'Isère.



